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Muni­ci­pales. À la Croix-Rousse, pas de psychose ce matin dans les bureaux de vote

Jour­née histo­rique à Lyon. Le double scru­tin excep­tion­nel (élec­tions muni­ci­pales et métro­po­li­taines, lire ici) s’est ouvert ce matin en pleine crise sani­taire de coro­na­vi­rus. Tribune de Lyon était sur place à la Croix-Rousse, dès l’ou­ver­ture des bureaux de vote (lire ici) pour vous faire vivre l’évè­ne­ment. Repor­tage.

8h30. Le soleil darde ses rayons prin­ta­niers sur l’es­pla­nade du Gros Caillou (Lyon 1er et 4e), occul­tant presque l’étrange atmo­sphère qui plane sur l’en­semble du pays. Hier soir, le gouver­ne­ment a annoncé la ferme­ture des lieux accueillants du public pour ralen­tir la propa­ga­tion du coro­na­vi­rus, acti­vant ainsi le stade 3 du plan de lutte contre l’épi­dé­mie. Quel impact aura la crise sani­taire sur le scru­tin ? Va-t-on vers un taux d’abs­ten­tion record ? Comme si de rien n’était, quelques badauds promènent leur chiens pendant qu’un groupe d’en­fants tente d’es­ca­la­der le Gros Caillou.

À quelques mètres de là, le bureau de vote de l’école élémen­taire Avey­ron (Lyon 1er), accueille les premiers élec­teurs. Une petite file se forme. Premier vote pour le futur maire de Lyon avant d’être redi­rigé vers l’urne dédiée au scru­tin métro­po­li­tain. 

 

Flui­dité et gants bleus

« Pour l’ins­tant, c’est fluide », témoigne un asses­seur équipé de gants bleus. Quelques inter­ro­ga­tions émergent tout de même : « Quelle sera la valeur du scru­tin si l’abs­ten­tion explose ? », s’in­ter­roge une habi­tante des Pentes. Une autre est venue voter à contrecœur après avoir signé hier une péti­tion récla­mant le report des élec­tions : « Fran­che­ment, il aurait fallu annu­ler ! Les personnes âgées vont être sous repré­sen­tées si elles restent confi­nées comme conseillé », redoute-t-elle en appliquant soigneu­se­ment sa solu­tion hydro­al­coo­lique à la sortie de l’école.

« Pour l’ins­tant, je ne vois pas de diffé­rence en termes d’af­fluence. Il y a une forme de contra­dic­tion avec l’am­biance actuelle  », témoigne l’élu de Elliott Aubin (LFI) qui tient un bureau de vote, un peu plus bas, en mairie du 1er. Certains habi­tants estiment, au contraire, que les élec­teurs sont moins nombreux que d’ha­bi­tude.

« Les gens se ruent dans les super­mar­chés pour ache­ter du papier toilettes mais se plaignent quand il s’agit de faire leur devoir citoyen », plai­sante l’un d’entre eux. 

Dans le 1er arron­dis­se­ment, tous les bureaux de vote ont pu ouvrir avec un ajus­te­ment dans la nuit : un président de bureaux et sept asses­seurs ont dû être repla­cés après avoir annu­lés leur parti­ci­pa­tion suite à l’an­nonce gouver­ne­man­tale.

 

À la Croix-Rousse, « pas de psychose  ».

Sur le Plateau (Lyon 4e), les votants n’ont pas non plus manqué le rendez-vous. Ils sont une dizaine à déam­bu­ler entre les tables de la salle de la Ficelle, à Hénon, dès 8h40. Aux alen­tours de 9h, une petite file d’at­tente commence même à se former devant le premier bureau de vote. Les stylos person­nels sont de sortie, mais les masques restent rares.

« J’ai l’im­pres­sion qu’il y a autant de monde que lors d’autres élec­tions », commente un asses­seur qui n’en est pas à sa première élec­tion. Un président du bureau juge qu’« il n’y a pas de psychose  ». Entre deux élec­teurs à qui il demande s’ils sont dispo­nibles à 20 heures pour le dépouille­ment, serein : « Il y a eu des désis­te­ments mais nous sommes suffi­sam­ment.  »

L’élue d’ar­ron­dis­se­ment LR Marie Guyon tient un bureau voisin dans la même salle. « Des élus se sont désis­tés mais dans l’en­semble ça va. Les femmes sont au rendez vous ! » À ses côtés, seule­ment des femmes. Munies de gants, elles manient les cartes d’iden­tité et rassurent les rares inquiets. Un asses­seur citoyen, pain au choco­lat à la main, hausse une épaule : « L’homme a vaincu des mala­dies plus graves, la peste… La peur elle est sur les écrans. » Il est « toujours asses­seur sur ce bureau », à chaque élec­tion.

Le président Emma­nuel Macron, qui a préco­nisé jeudi soir aux personnes âgées de rester chez elles a-t-il fait fuir les votants seniors ? A première vue, pas sur la colline, où ils se trou­vaient en majo­rité face aux bulle­tins alignés sur les tables. Le double-scru­tin, en revanche, en laisse plus d’un perplexe. « On s’y perd », rit une dame âgée. Et de montrer fière­ment ses mains : « J’ai mis des gants, vous voyez ! »

 

Élise Capo­gna et Romain Desgrand

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