Mon quartier au quotidien


Lyon 4e. Collomb plombé par les huées aux vœux de Kimel­feld

C’était ses derniers vœux en tant que maire de la Croix-Rousse. Hier soir, David Kimel­feld accueillait les Croix-Rous­siens et le tout-Lyon à la maison des asso­cia­tions du 4e arron­dis­se­ment pour la tradi­tion­nelle céré­mo­nie de début d’an­née. Une soirée diffi­cile pour Gérard Collomb, maire de Lyon, qui s’est dure­ment fait siffler par le public. 

 

« Un quar­tier où rien n’est jamais vrai­ment comme ailleurs  »

19h05 : tout commence bien. Gérard Collomb arrive à l’heure. Les festi­vi­tés débutent par un hommage appuyé à Robert Luc, figure croix-rous­sienne passion­née d’his­toire, décé­dée en 2017 et dont la maison des asso­cia­tions porte désor­mais le nom. « Un hommage juste et signe de l’ac­tion que tu as menée dans ton quar­tier, dans ta ville cher Robert, estime Valé­rie Zipper, cofon­da­trice du festi­val Novembre des Canuts, dans un discours touchant. J’ai eu l’im­mense plai­sir de chemi­ner une dizaine d’an­nées à tes côtés et de décou­vrir grâce à toi la richesse de l’his­toire ouvrière lyon­naise qui fait de Lyon une ville si parti­cu­lière et de la Croix-Rousse un quar­tier où rien n’est jamais vrai­ment comme ailleurs.  »

Après une prise de parole du fils de Robert Luc, les élus du conseil d’ar­ron­dis­se­ment – oppo­si­tion comprise – s’alignent sur la scène, le visage éclairé par la lumière chaude des projec­teurs. L’am­biance semble bon enfant, même si une certaine exci­ta­tion parcourt les regards dans la salle bondée. À quelques semaines des élec­tions métro­po­li­taines, que diront David Kimel­feld et Gérard Collomb, les deux frères enne­mis de la poli­tique lyon­naise, désor­mais côte à côte derrière le pupitre ?

 

Des chemins qui s’éloignent

Le maire du 4e, acces­soi­re­ment président de la Métro­pole et candi­dat à sa succes­sion, brise d’em­blée la glace : « Aujourd’­hui, Monsieur le Maire, nos chemins se sont éloi­gnés. Nous ne parta­geons plus la même vision pour cette ville et cette métro­pole. Après une vie profes­sion­nelle bien remplie comme infir­mier, comme chef d’en­tre­prise, j’ai beau­coup appris à vos côtés comme élu de cette ville et de ce qu’é­tait le Grand Lyon. Le combat poli­tique ne doit pas nous empê­cher la recon­nais­sance du travail accom­pli. Alors Monsieur le Maire, rece­vez mes vœux pour cette nouvelle année et mes remer­cie­ments les plus sincères  ».

Visi­ble­ment surpris, Gérard Collomb, qui aime­rait, lui aussi, retrou­ver en mars son poste de président de la Métro­pole, parvient tout de même à souf­fler un « Merci  » en direc­tion de son ancien dauphin.

Ce dernier reprend assu­rant vouloir « lais­ser parler [son] cœur  »« C’est un honneur d’être maire de la Croix-Rousse. Un immense honneur. Et je dois vous dire que cet honneur, qui est aussi un immense bonheur, change quelque peu les choses. Car on change moins la Croix-Rousse que la Croix-Rousse ne nous change. C’est une expé­rience qui vous gran­dit en même temps qu’elle vous oblige à la modes­tie. Vous appre­nez ici, plus qu’ailleurs et plus vite qu’ailleurs, que vous ne ferez rien tout seul  », souligne David Kimel­feld qui évoque l’âme du quar­tier marqué par l’art de vivre, la créa­ti­vité, l’en­tre­pre­neu­riat et la rébel­lion.

 

Deux visions oppo­sées

40 minutes de discours plus tard, Gérard Collomb prend place derrière le micro pour rappe­ler « des valeurs qui [l’]animent  ». « Le premier devoir d’un élu, c’est de porter une dyna­mique écono­mique dans la ville  », lance-t-il. Ou encore : « Une ville où il fait bon vivre, c’est d’abord une ville qui sait offrir des emplois à ses habi­tants. Ma prio­rité a toujours été de promou­voir une dyna­mique écono­mique forte pour que  toujours plus d’en­tre­prises se créent, que d’autres  veulent s’y instal­ler et que dimi­nue ce chômage de masse. »

Une phrase qui s’op­pose aux propos de David Kimel­feld qui, quelques minutes plus tôt, avait estimé : « La vie d’une collec­ti­vité n’est pas faite d’abord, seule­ment et unique­ment par le déve­lop­pe­ment écono­mique inspiré par un modèle de crois­sance des socié­tés qui aujourd’­hui est révolu  ».

Après avoir prôné les voitures élec­triques et véhi­cules hydro­gènes comme solu­tion contre la pollu­tion, la prise de parole du maire de Lyon tourne au malaise. « Soli­da­rité avec les migrants !  », crie un groupe au fond de la salle en réfé­rence au personnes qui résident dans l’an­cien collège Maurice Scève depuis l’été 2018 (lire ici). Lorsqu’il évoque le projet de l’Hô­tel Dieu, les siffle­ments fusent. Puis d’autres voix s’élèvent de part et d’autre de l’as­sem­blée : « C’est trop long  », « On a soif ! ». Collomb tient, hurlant dans son micro. 

 

Kimel­feld aurait-il dû voler au secours de Collomb ?

La céré­mo­nie s’achève enfin.  Le maire quitte la scène, le visage tendu par la colère. « Conti­nuez comme ça et vous verrez ce qu’il restera de la douceur de vivre de la Croix-Rousse dans 10 ans !  », lâche-t-il à une personne qui lui fait face. Quelques minutes plus tard, plusieurs sources l’au­raient même entendu protes­ter contre l’ac­tion de la Métro­pole de Kimel­feld sur la gestion du squat Maurice Scève : « Il fallait les expul­ser tout de suite. Il n’y aurait pas eu de problèmes  ».

En off, des élus prennent tout de même la défense du maire de Lyon. « Je ne pense pas que c’était le lieu pour telles protes­ta­tions. Au final, cela dessert la cause  », estime une conseillère de droite. 

Sur Face­book, Josse­lin Edouard (Nouveau Centre/Les Centristes), conseiller d’op­po­si­tion dans le 4e se dit même « scan­da­lisé par les agis­se­ments d’agi­ta­teurs, pertur­bant le discours du maire de Lyon ». « Il n’y a rien de répu­bli­cain, ni de démo­crate, dans de telles atti­tudes ! Honte à ces personnes et soutien à Gérard Collomb. David Kimel­feld aurait été grandi d’in­ter­ve­nir par un simple geste d’apai­se­ment. Il ne l’a pas fait : c’est regret­table  », écrit-il. 

Il n’en reste que, Gérard Collomb qui avait annulé son voyage au Forum écono­mique mondial de Davos (lire ici) pour être présent au voeux du 4e, regrette sûre­ment de ne pas avoir passé la soirée en Suisse. 

 

Romain Desgrand

Photo : Susie Waroude

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