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La réha­bi­li­ta­tion de l’église Saint-Bernard mena­cée par un recours

Le permis de construire visant à trans­for­mer l’église aban­don­née en centre d’af­faires vient d’être affi­ché. Mais une asso­cia­tion de catho­liques tradi­tio­na­listes devrait bien­tôt dépo­ser un recours.

On oublie­rait presque qu’elle est là. Perchée en haut des Pentes, dans le 1erarron­dis­se­ment, l’église Saint-Bernard, est un élément à part dans le paysage de la Croix-Rousse. Bâti à la demande des canuts qui manquaient de place à l’église Saint-Poly­carpe, l’édi­fice n’aura jamais été vrai­ment achevé, par manque de moyens (pas de parvis ni de clocher). Aujourd’­hui désaf­fecté, désa­cra­lisé et en partie caché par la végé­ta­tion sauvage, il pour­rait bien­tôt débu­ter une autre étape de son histoire. Le permis de construire du projet visant à trans­for­mer l’église en espace de cowor­king pour TPE (très petites entre­prises) avec café-restau­rant vient, en effet, d’être affi­ché.

Une commu­nauté voulait s’ins­tal­ler

Approu­vée en 2016 par le Ville de Lyon, cette grande réha­bi­li­ta­tion prévue à l’ori­gine pour cette année a déjà été sérieu­se­ment ralen­tie par une asso­cia­tion de tradi­tio­na­listes, Les Amis du Bon Pasteur et de Saint-Bernard, qui se serait bien vue récu­pé­rer l’église pour y instal­ler une commu­nauté, la Frater­nité sacer­do­tale Saint-Pie-X.

Échau­dée de voir un bâti­ment reli­gieux investi par des entre­prises, celle-ci avait déjà saisi en novembre 2017, le tribu­nal de grande instance de Lyon pour non-respect des volon­tés testa­men­taires du dona­teur qui avait cédé le terrain au XIXesiècle. Cette procé­dure judi­ciaire serait toujours en cours selon l’as­so­cia­tion qui veut désor­mais dépo­ser un recours au tribu­nal admi­nis­tra­tif contre le permis de construire.

Complexité tech­niques et finan­cières

Un nouveau revers qui risque de faire grin­cer des dents du côté des concep­teurs. « Depuis des décen­nies, des projets émergent mais aucun n’est viable. Nous en avons enfin un qui permet de sauver le patri­moine, tout en le subli­mant, et qui est écono­mique­ment viable », estime Damien Beau­fils, fonda­teur d’Ur­ban Project, géné­ra­teur de projets immo­bi­liers. À l’ori­gine de l’idée, il a convaincu le promo­teur Carré d’Or de se lancer dans l’aven­ture malgré la complexité du dossier. « Il faut à la fois respec­ter et restau­rer le patri­moine, le rendre acces­sible au public et faire en sorte que le modèle écono­mique tienne la route. »

Traver­ser la nef

Concrè­te­ment, l’église devrait accueillir une tren­taine de modules de cowor­king. Ces bureaux seront situés sur deux niveaux dans les chapelles laté­rales. « Le choix a été fait de garder la pleine hauteur et de ne pas densi­fier l’édi­fice », souligne Damien Beau­fils. Les visi­teurs pour­ront libre­ment péné­trer dans le monu­ment et traver­ser la nef. Autre élément phare : le bâti­ment doit être relié à la place Colbert, située juste au dessous, par une succes­sion de terrasses.

Un projet unique et clivant

Auprès des habi­tants de la colline qui travaille, le sujet divise. Si certains se réjouissent que Saint-Bernard retrouve une certaine forme de vie, d’autres jugent le projet inadapté. En réponse à l’af­fi­chage du permis de construire, l’as­so­cia­tion Des Espèces Parmi’Lyon (lire ici) a commu­niqué la semaine dernière sur Face­cook son souhait de créer un « groupe de béné­voles mili­tants » pour «  lutter contre les projets qui consti­tuent une héré­sie face aux problé­ma­tiques actuelles écolo­giques et sociales. »

Pas oppo­sée à cette réha­bi­li­ta­tion, la mairie du 1er note de son côté la « démarche posi­tive de dialogue » des concep­teurs. Mais cette muta­tion, unique à Lyon, s’ins­crit parmi tout un ensemble de projets d’ur­ba­nisme qui font polé­mique dans les 1er et 4earron­dis­se­ments (Fort Saint Laurent (lire ici), ex-école des Beaux-Arts (lire ici), ex-collège Maurice-Scève (lire ici), immeuble rue Bon Pasteur (lire ici), etc.).

Pour l’ins­tant, le promo­teur Carré d’Or  préfère « ne pas commu­niquer  » sur Saint-Bernard. Une chose est sûre :  la belle endor­mie n’a pas fini de faire parler d’elle.

 

 

Illus­tra­tion Pierre Descubes

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